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Ce que veut dire « relire une source » dans une enquête

Relire une source ne revient pas à cliquer sur un lien : le terme recouvre un contrôle précis que les bénévoles effectuent avant publication. Voici ce qu'il signifie, mot à mot.

Camille Rochat

6 min de lecture

Ce que veut dire « relire une source » dans une enquête

Dans notre métier, « relire une source » est une expression qui trompe souvent les nouveaux venus. Beaucoup imaginent qu'il s'agit de vérifier que le lien fonctionne ou que la citation est bien orthographiée. C'est une partie du travail, mais ce n'est pas le cœur. Relire une source, c'est reprendre le document d'origine, le lire en entier et se demander s'il dit vraiment ce que l'enquête lui fait dire. Cette nuance paraît mince. Elle change pourtant tout, car une phrase isolée peut sembler appuyer une affirmation alors que le paragraphe voisin la nuance, voire la contredit. La relecture sert à retrouver ce contexte avant que le lecteur ne le cherche à son tour.

Nous employons ce terme parce qu'il décrit un geste simple : lire une seconde fois, avec un regard neuf, ce que l'enquêteur a déjà lu une première fois. Le second lecteur n'a pas suivi le raisonnement de l'auteur. Il ne connaît que le texte et les pièces citées. C'est précisément ce qui le rend utile, puisqu'il ne comble pas les trous avec ce qu'il croit savoir déjà. À Neuchâtel, ce travail est confié à des bénévoles de la communauté, qui reçoivent le dossier avant sa mise en ligne et le parcourent à leur rythme.

Quand un dossier arrive chez un relecteur, il contient en général trois types de matière : des liens vers des pages en ligne, des documents joints, par exemple un communiqué ou un rapport, et des citations attribuées à des personnes. Chacun appelle un contrôle différent. Pour un lien, on vérifie qu'il mène à la bonne page et que la page n'a pas changé depuis la consultation de l'enquêteur. Pour un document, on cherche le passage cité et on le lit dans son ensemble, pas seulement la phrase retenue. Pour une citation, on remonte à l'enregistrement, au texte ou à l'échange d'origine, car une parole rapportée de seconde main perd vite ses nuances. Si la source primaire est introuvable, le relecteur le note sans chercher à la remplacer par une version approximative.

Le relecteur ne réécrit pas l'enquête et ne tranche pas sur sa conclusion. Il signale ce qui lui paraît fragile, ambigu ou mal étayé. La décision revient ensuite à la rédaction, qui corrige, précise ou retire un passage. Cette séparation des rôles évite qu'une même personne soit à la fois juge et partie de son propre texte.

  • Le lien mène-t-il bien à la page annoncée ?
  • Le passage cité dit-il ce que l'enquête affirme ?
  • La citation provient-elle d'une source de première main ?
  • Le document est-il daté et son auteur identifiable ?

Source primaire, source secondaire : la distinction qui compte

Un autre terme revient sans cesse lors des relectures : la source primaire. Il désigne le document ou le témoin qui est à l'origine de l'information, par opposition à celui qui la reprend. Un rapport officiel est une source primaire ; l'article qui le résume est une source secondaire. La différence compte parce que chaque reprise ajoute une chance de déformation. Dans la pratique, un relecteur qui rencontre une source secondaire se demande si l'on peut remonter plus haut. Souvent, la réponse est oui : l'article cite un rapport, le rapport est public, et il suffit de le retrouver. Parfois, c'est impossible, et l'enquête doit alors dire clairement qu'elle s'appuie sur un intermédiaire, sans laisser croire qu'elle a lu l'original.

Cette honnêteté sur la distance entre le lecteur et la source fait partie de la méthode. Elle permet à chacun de juger le poids qu'il accorde à une pièce. Un élément rapporté par un tiers n'est pas écarté pour autant ; il est simplement présenté pour ce qu'il est, avec la mention de son caractère indirect.

Ce qui arrive quand la relecture bloque

Il arrive qu'un relecteur ne puisse pas valider un élément. Le lien est mort, le document a été modifié, la citation n'apparaît nulle part dans la source indiquée. Dans ce cas, il le consigne avec précision : quel passage, quelle vérification tentée, quel obstacle rencontré. Cette trace est précieuse, car elle évite à la rédaction de refaire le même chemin à l'aveugle. La rédaction a alors plusieurs options. Elle peut retrouver une copie archivée, solliciter la personne concernée pour obtenir le document, reformuler le passage de façon plus prudente ou, si rien ne tient, le supprimer. Ce qu'elle ne fait jamais, c'est publier tel quel un élément que la relecture n'a pas pu confirmer.

Marc Vuilleumier, qui tient le registre des corrections, conserve ces remarques d'une enquête à l'autre. Elles servent aussi après coup : si un lecteur conteste un point, nous pouvons retrouver ce qui a été vérifié, par qui et à quel moment, plutôt que de reconstituer de mémoire.

Ce que la relecture ne prétend pas faire

Il vaut la peine d'être clair sur les limites. Une relecture ne garantit pas qu'une enquête soit exempte d'erreur, et elle ne remplace pas le travail de l'enquêteur. Elle réduit le risque, elle ne l'annule pas. Un relecteur travaille avec les pièces qu'on lui remet ; il ne peut pas deviner ce qui manque au dossier ni ce que personne n'a pensé à chercher. Elle ne vérifie pas non plus la valeur d'une opinion. Si une personne interrogée donne son avis, le relecteur contrôle que cet avis est fidèlement rapporté, pas qu'il soit juste. La distinction entre un fait et un jugement reste le travail de la rédaction, et c'est elle qui l'assume dans la conclusion publiée.

Enfin, la relecture est un geste collectif et bénévole, donc limité par le temps de chacun. Nous préférons le dire plutôt que de laisser entendre un contrôle exhaustif. Ce que nous promettons est plus modeste et plus tenable : chaque pièce citée a été regardée par au moins une personne autre que son auteur avant d'être montrée au public.

Participer à une relecture

Le terme paraît technique, mais le geste est à la portée de qui lit avec attention. Aucune formation de journaliste n'est requise : il faut surtout de la patience, le goût du détail et l'envie de ne pas se contenter d'un premier coup d'œil. Les relecteurs reçoivent une consigne claire pour chaque dossier et savent quels éléments leur sont demandés de contrôler. Sophie Matthey accueille les nouveaux participants et explique comment se déroule une première relecture, avec un dossier simple pour se familiariser. Chacun avance à son rythme et peut signaler qu'un passage dépasse ses compétences, sans que cela pèse sur la suite.

Si l'idée vous tente, le plus simple est de passer par la page de contact et d'indiquer ce qui vous intéresse. Nous reviendrons vers vous par écrit pour expliquer le fonctionnement et les règles de la communauté, afin que vous puissiez décider en connaissance de cause.

Relire une source, c'est donc remonter au document d'origine, le lire en entier et signaler tout ce qui ne tient pas, avant que le lecteur ne le découvre. Le terme est modeste, le geste aussi, mais c'est lui qui donne du poids à une conclusion publiée. Il ne promet pas l'infaillibilité ; il garantit qu'un second regard s'est posé sur chaque pièce citée.

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